Défenseur de Marioupol comme le général fraîchement nommé à la tête des forces ukrainiennes, Yevhen Taranenko était officier au sein de la 36e brigade d’infanterie de marine avant d’être capturé et de passer deux ans et demi dans les prisons russes. Nous lui avons demandé de commenter la nomination de Mykhaïlo Drapaty.

French and English version.

DdN – La nomination de Mykhaïlo Drapaty comme commandant en chef des forces armées ukrainiennes a été très bien reçue tant par la société civile que par la communauté militaire. À quoi attribuez-vous ce fait ?

Y.T – Nous parlons à bon droit des drones et de l’inventivité technologique ukrainienne, mais rien ne vaudra jamais un soldat en chair et en os. La vie des hommes est notre bien le plus précieux. Drapaty le sait, et nous savons qu’il le sait.

Chacun a vu en boucle la vidéo du 9 mai 2014, à Marioupol, où son BMP-2 fonce à travers une barricade pro-russe afin de sauver des Ukrainiens encerclés. La réputation militaire est faite de ce genre d’événements, mais chez Drapaty, il ne s’agit pas d’une légende – il s’agit d’un principe. Contrairement à son prédécesseur, Drapaty a la culture des hommes.

DdN – Il est frappant de constater que la société civile possède une réelle influence sur les choix militaires. Comment interprétez-vous ce phénomène ?

Y.T – Ce sont les gens ordinaires qui changent vraiment les choses ici. Chacun doit occuper son poste, qu’il s’agisse des simples citoyens ou des soldats. Les manifestants tracent une ligne rouge, et lorsqu’une ligne rouge est tracée, il est très difficile pour le président de l’ignorer. Nous en avons eu un bel exemple l’année dernière avec l’indépendance des agences anticorruption et, d’une manière plus spectaculaire encore, avec le renvoi de Syrski de son poste.

DdN – Le nom de Drapaty est associé ici, sauf erreur, à une certaine culture du franc-parler.

Y.T – Je ne suis pas le seul à penser que Syrski a développé une sorte de bulle délétère dans laquelle personne n’osait dire les choses franchement. Notre salut viendra des militaires qui disent au politique les choses telles qu’elles sont, de même qu’il viendra d’une récompense au mérite, et non à la complaisance hiérarchique. Se bercer d’illusions n’aide personne. Comme mes compatriotes, je n’ai aucun doute que Drapaty sera au rendez-vous, là aussi.

DdN – Cette nomination-évènement a-t-elle créé un nouvel espoir en Ukraine ? Le mot «espoir» vous paraît-il approprié ?

Y.T – Il s’agit bien d’un nouvel espoir. Comme beaucoup de mes compatriotes, mon vœu le plus cher est que Drapaty s’associe à Fedorov. L’association de ces deux figures – l’un, par son sens des valeurs et son intelligence tactique, l’autre, par sa créativité et son engagement personnel contre la corruption – peut avoir un impact réel sur la mobilisation des jeunes. C’est le cercle vertueux que nous avons tous en tête.

Lviv, Ukraine, 22 juillet 2026.

DdN, Manifestations en faveur de Fedorov, проспект Свободи, Lviv, 20 juillet 2026.

YEVHEN TARANENKO, DEFENDER OF MARIUPOL: “ORDINARY PEOPLE ARE THE ONES WHO CHANGE THINGS HERE.”

Like the newly appointed Commander-in-Chief of Ukraine’s armed forces, Yevhen Taranenko defended Mariupol as an officer in the 36th Separate Marine Brigade before being captured and spending two and a half years in Russian captivity. We asked him what he thinks of Drapatyi’s appointment

DdN – The reaction to Mykhailo Drapatyi’s appointment has been widely positive, both within the armed forces and across Ukrainian society. Why do you think that is ?

Y.T – We rightly talk a great deal about drones and Ukraine’s technological ingenuity, but nothing will ever replace a soldier of flesh and blood. Human life is our most precious asset. Drapatyi understands that, and we know he does. Everyone has seen the footage from Mariupol on May 9, 2014, when his BMP-2 smashed through a pro-Russian barricade to rescue Ukrainians trapped inside the city. Military reputations are built on moments like that – but in Drapatyi’s case, it isn’t just a legend, it is a guiding principle. Unlike his predecessor, Drapatyi has a genuine respect for the people under his command.

DdN – One striking aspect of this episode is the influence civil society appears to have had on military decision-making. How do you explain that?

Y.T – Ordinary people are the ones who truly change things in this country. Everyone has a role to play, whether they are civilians or soldiers. When protesters draw a red line, it becomes very difficult for the president to ignore it. We saw that last year with the successful push to preserve the independence of the anti-corruption agencies, and even more dramatically today with Syrskyi’s dismissal.

DdN – Drapatyi seems to have a reputation for speaking plainly.

Y.T – I’m far from the only one who believes Syrskyi created a toxic bubble in which nobody dared speak honestly anymore. Our future depends on military leaders who tell politicians the truth, however uncomfortable it may be. It also depends on a system that rewards merit rather than blind loyalty to the chain of command. Illusions help no one. Like many of my fellow Ukrainians, I have no doubt that Drapatyi will deliver on that front as well.

DdN – Has this appointment given Ukrainians a renewed sense of hope? Is “hope” the right word ?

Y.T – Yes, it really has given people renewed hope. Like many of my fellow Ukrainians, my greatest wish is to see Drapatyi join forces with Fedorov. Together, these two men—one defined by his tactical brilliance and respect for human life, the other by his creativity and personal commitment to fighting corruption—could have a real impact on youth mobilization. That is the virtuous circle we want, now.

Lviv, July, 22, 2026.

Header image  : DdN, A young woman holds up a dustpan on Svobody Avenue, Lviv, Ukraine, July 20, 2026.

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