Selon Ukraïnska Pravda, lors de sa récente visite à Kyiv, l’ambassadeur d’Ukraine au Royaume-Uni, Valeri Zaloujny, aurait été directement interrogé par le président Volodymyr Zelensky : si une élection présidentielle était organisée à l’automne, envisagerait-il de se porter candidat ? D’après les sources du journal, sa réponse aurait été sans hésitation : « Oui. Je serai candidat. » Cette conversation, alors que la loi martiale continue d’être prolongée à intervalles réguliers, constitue un nouveau signal de l’émergence d’une figure politique susceptible de modifier en profondeur les futurs équilibres du pouvoir en Ukraine.
Cette information dépasse largement le cadre d’un simple sondage politique ou de spéculations électorales. Elle met en lumière une tension de fond qui traverse progressivement le système politique ukrainien : celle d’une démocratie suspendue par les contraintes de la guerre. Sur le plan juridique, la Constitution et la loi encadrant le régime de la loi martiale interdisent l’organisation d’élections, tandis que la Verkhovna Rada renouvelle ce régime tous les quatre-vingt-dix jours. Dans le même temps, les mandats du président et du Parlement demeurent pleinement valides en vertu de la législation en vigueur.
À plusieurs reprises, Volodymyr Zelensky s’est déclaré prêt à organiser des élections dès lors que les conditions de sécurité le permettraient et que le cadre juridique nécessaire serait mis en place. Toutefois, les déclarations de plusieurs responsables de la présidence laissent entendre qu’un scrutin en 2026 demeure peu probable. C’est pourquoi les scénarios évoquant une élection en 2027, voire en 2028, après la fin de la phase active du conflit et la levée de la loi martiale, sont désormais de plus en plus fréquemment avancés.
Dans ces conditions, la loi martiale fait de plus en plus l’objet d’un débat politique, non seulement en tant qu’instrument de défense, mais aussi comme un élément susceptible d’influencer la pérennité de la configuration politique actuelle. Ses détracteurs parlent parfois d’une forme de « douce usurpation du pouvoir », estimant que le report répété des élections pourrait, à terme, fragiliser la légitimité des institutions. Ce débat est également alimenté par des critiques venues de l’extérieur, qu’elles émanent de certains responsables occidentaux ou de la propagande russe. Jusqu’à présent, la majorité des Ukrainiens perçoit cette situation comme une conséquence directe de la guerre. Néanmoins, l’usure du conflit et une demande croissante de renouvellement politique pourraient progressivement favoriser l’émergence de figures alternatives.
C’est dans ce contexte que Valeri Zaloujny demeure l’un des principaux prétendants potentiels à une future élection présidentielle. Ancien commandant en chef des forces armées et personnalité bénéficiant d’un très haut niveau de confiance au sein de la population, il incarne une partie de l’élite militaire qui ne s’identifie pas aux cercles du pouvoir de la présidence. Une éventuelle candidature pourrait fédérer une partie importante des militaires, des vétérans et des électeurs qui souhaitent une conduite de l’État perçue comme plus ferme, plus professionnelle et davantage tournée vers les impératifs de la guerre.
Tant que les élites militaires demeurent fragmentées ou choisissent de rester en retrait de la vie politique, les autorités en place conservent un avantage certain. En revanche, si Valeri Zaloujny décidait de structurer une véritable équipe politique et de s’engager ouvertement dans la compétition électorale, les rapports de force pourraient évoluer beaucoup plus rapidement qu’ils ne le semblent aujourd’hui.
L’éventualité d’une élection en 2028 fait désormais partie des scénarios les plus souvent évoqués. Si la guerre devait se prolonger ou s’installer durablement dans une phase de faible intensité, la loi martiale pourrait rester en vigueur pendant plusieurs années encore, tandis que les tensions politiques et sociales continueraient de s’accumuler. Dans un tel contexte, Volodymyr Zelensky gagnerait du temps, mais il prendrait aussi le risque de devoir faire face, le moment venu, à une opposition politique bien plus structurée et plus forte.
L’Ukraine se trouve aujourd’hui confrontée à un dilemme propre à de nombreux États en guerre : comment concilier les exigences de l’efficacité gouvernementale avec celles de la légitimité démocratique ? Les révélations sur l’échange entre Volodymyr Zelensky et Valeri Zaloujny, qu’elles reflètent ou non fidèlement le contenu de leur conversation, ont déjà produit un effet politique. La manière dont les élites politiques, militaires et la société parviendront à s’accorder sur les conditions d’un retour au fonctionnement normal des institutions sera déterminante pour préserver la cohésion du pays et éviter l’apparition de fractures internes plus profondes.
Pour l’heure, l’Ukraine vit dans une forme de démocratie mise entre parenthèses par la guerre. Mais cet état d’exception ne pourra pas durer indéfiniment.
V.S. 9.07.2026
Photo credit : Juan Medina.





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